Édipo

Há um bípede sobre a terra e quadrúpede, de uma voz, também tripode,
Édipo e a Esfinge - Ingres
Image from Joconde
 
 

Oedipe et (l'énigme de) la vision des âges
(Sophocle, Oedipus Tyrannus, 15-19)

 Francisco Murari Pires





Le Prologue de l'Oedipe Roi de Sophocle paraît nous poser une énigme hermeneutique. Au cours de cette scène inaugurale, diverses indications textuelles font allusion à la présence d'un seul prêtre, le prêtre de Zeus, qui, justement interpellé au début par Oedipe, lui expose les motifs du rassemblement des thébains suppliants auprès de ses autels. Et cependant, juste au commencement de cet exposé, le prêtre de Zeus, faisant tourner le regard d'Oedipe vers l'agglomération située en face de lui, parle des prêtres, au pluriel!

Alors, déjà en 1816, Bentley a proposé de faire une correction au texte du manuscrit: au lieu de hiereis, le pluriel consigné par les manuscrits au vers 18, il a adopté hiereús, singulier. D'autres critiques ont bien suivi la voie de sa leçon exégétique, envisageant ainsi solutionner ce problème suscité par l'analyse du texte sophocléen.

Mais d'autres critiques, toutefois, ont refusé de poursuivre son entendement dans cette voie, se décidant plutôt de maintenir la lecture du manuscrit, alors établie comme hieres. Ainsi, plus récemment, Kamerbeek a consacré dans son commentaire cette réfutation critique à la thèse de Bentley, argumentant que celle-ci, en recherchant à résoudre un problème concernant la meilleure comprehénsion du texte, finissait par nous susciter d'autres, peut-être encore plus embarrassants! Il les a signalés par la seule lecture de la traduction proposée par Mazon aux vers 16-19, laquelle adoptait justement la correction de Bentley: Les uns n'ont pas encore la force de voler bien loin, les autres sont accablés par la vieillesse; je suis, moi, prêtre de Zeus; ils forment, eux, un choix de jeunes gens. Alors, comment entendre la référence au prêtre dans le singulier, si la référence première aux vieux est au pluriel? Il faudrait, donc, faire la supposition d'un pluriel de majesté pour hoi bareis au vers 17. Et, par cette traduction encore, il y aurait un autre problème impliqué: les ethéon lektoí cités aux vers 19-20 se réfèrent à la même classe que celle des oudépo sthénontes des vers 17-18, comme le suppose la traduction de Mazon, ou à une autre différente? On n'a plus, alors, un seul problème, mais deux! Il est, donc, préférable, conclut Kamerbeek, d'accepter simplement la tradition manuscrite et (con)vivre avec l'énigme originale - conformée par la singulière présence éffective du prêtre de Zeus, cependant une fois référée au pluriel -, afin de, au même temps, s' efforcer de trouver une meilleure comprehénsion.

En 1990, Bollack, par un autre commentaire monumental, a corroboré la réflexion acheminée déjà par Kamerbeek, en déployant d'autres raisons pour aussi réfuter la thèse de Bentley et de ses partisans. Par conséquent, il adopte le pluriel hieres et distingue les ethéon lektoí des oudépo sthénontes comme deux classes différentes.

Mais, en cette même année de 1990, d'autres critiques - Lloyd-Jones et Wilson - parcouraient l'autre voie de la bifurcation du chemin hermeneutique aperçu pour la solution de cette précise énigme textuelle. Ils ont, alors, fait la défense de la correction de Bentley. Et, par lá, ils ont décidé de lire hiereús au vers 18, d'identifier les deux groupes assimilés dans une même classe d'âge, et ils ont admis, sans problèmes, que le pluriel hoi bareis se référe même au seul prêtre de Zeus!
 
 

Ainsi, l'oeil attentif des exégètes modernes, bien orienté par des raisons de son savoir philologique, a discerné tous les embarras qui encombrent le chemin hermeneutique suscité par cette énigme. Leur regard critique, cependant, s'est alors concentré plus sur la figure sacerdotale, si singulière ou plurielle, positivement présente à la scène, traînant ainsi d'autres complications critiques justement polarisés par la résolution de ce problème. En même temps, ils ont aussi resserré la vision de ce regard par une présupposition épistémologique, à savoir, qu'il y a une proposition de cohérence positive à ordonner les significations du texte, laquelle est determinée par les impositions de l'identification scénique précise des personnages composés par l'art dramatique sophocléenne.
 
 

Nous voudrions, dans cette brève note, détourner un peu ce regard, pour ainsi l'orienter vers le point même sur lequel l'appel du prêtre de Zeus a demandé l'attention de la vision d'Oedipe: horãs mèn hemãs helíkoi, donc, sur les âges envisagés.

Au discernement de cette vision d'Oedipe, le prêtre de Zeus a alors noté des images qui configurent la composition de la communauté thébaine qui se pose suppliante en face de son roi. Il a distingué ainsi:

1. hoi mèn oudépo makràn ptésthai sthénontes: les petits, les enfants.

2. hoi dè sùn géra bareis hieres egò mèn Zenós: les vieux, (ainsi les) prêtres, (et comme tel) moi, (le prêtre) de Zeus.

3. hoi dé t' ethéon lektoí: la jeunesse sélecte.

Par une première articulation narrative de contraposition (hoi mèn oudépo makràn ptésthai sthénontes, hoi dè sùn géra bareis), on distingue deux classes d'âge de définitions justement opposées: les enfants, à pointer vers le principe, et les vieux vers la fin de la vie humaine. Mais, également, on les associe par rapport à une similitude de limitation de la portée de ses respectives capacités propres de locomotion, bien signalée par les images métaphoriques avec lesquelles on les qualifient: pour les uns, la marque de fragilité des êtres auxquels manque encore la force des membres, et pour les autres, aussi une marque de fragilité, mais par faille déjà de la vigueur des membres. Ainsi on signifie analogiquement leur état d'impuissance d'action.

Depuis, à ces deux classes, on adjoignit une troisième, celle des jeunes sélectes, que par sa condition propre d'exubérante vigueur distintive se définit en opposition à celles-lá. On signifie ainsi l'âge de l'action héroïque, le temps privilégié qui est principe de puissance pour les exploits des héros.
 
 

On pourrait, alors, ainsi apprécier la composition sophocléenne de cette scène inaugurale de la tragédie d'Oedipe plutôt par la portée propre à ses significations métaphoriques concernants les états de la condition humaine, sans aveugler notre vision par les trop intenses lumières des foyers épistemologiques d'une optique positiviste qui ambitionne remplir par des indications précises ce qui par le texte même est, toutefois, laissé justement ambígué. À envisager ainsi la scène par cette autre perspective, l'appel du prêtre de Zeus, à (é)mouvoir et l'attention du regard et la diligence de l'esprit d'Oedipe par la perception de la communauté thébaine/humaine suppliante en face de lui, situerait peut-être, dans la trame narrative du mythe de son destin, une allusive réitération de la contemplation de l'énigme de la Sphinx - les images de l'être de quatre, trois et deux pieds. Et il ainsi le ferait justement au moyen de la considération d'une vision des âges qui de nouveau solliciterait et la puissance héroique et le pouvor royal d'Oedipe au défi d'une action de salut réitérée.

Références Bibliographiques
 
 

BOLLACK, J. - L'Oedipe roi de Sophocle. Lille, Presses Universitaires de Lille, 1990.

KAMERBEEK, J.C. - Plays of Sophocles. The Oidipus Tyrannus. Leiden, E.J. Brill, 1967.

LLOYD-JONES, H. and WILSON, N.G. - Sophoclea. Studies on the text of Sophocles. Oxford, Clarendon Press, 1990.