Projet
A l'origine de ce programme de recherches, il y a l'idée que la dynamique des changements contemporains a implosé les cadres habituels d'analyse des sciences sociales. Jusqu'ici animées par un nationalisme méthodologique implicite (selon l'expression d'Ulrich Beck), elles se trouvent aujourd'hui mal adaptées pour faire face à l'émergence d'espaces sociaux extranationaux et à leurs modes d'articulation.
De nouvelles formes d'accumulation du capital et de concentration industrielle et technologique, des changements qui touchent les processus de travail, les formes de recrutement et d'emploi, la mobilité individuelle et collective – mobilité des capitaux, des marchandises et du travail, des informations et des images, qui ignorent les frontières nationales, créant des relations de transversalité entre peuples et cultures, marchés et économies, styles de vie et pratiques sociales diverses - des phénomènes qui ont rendu périmées les binarités classiques des sciences humaines (centre/périphérie, tradition/modernité, rural/urbain). De même que, à leur échelle actuelle, les déplacements de populations ne peuvent plus être compris dans les vieux termes de la migration et de la modernisation.
Notre pari (théorique et méthodologique) est que ces changements demandent deux efforts complémentaires. D'abord, celui de décrire le monde ; ensuite, celui de l'analyser. Décrire le monde : partant des configurations singulières à travers lesquelles ces changements se manifestent dans chaque contexte social, nous essayons de les mettre en perspective en tant que processus situés, captés via des scènes descriptives susceptibles d'en révéler les méandres et les articulations. Analyser le monde : sur la base de ces paramètres empiriques, nous essayons d'identifier des pratiques, des médiations et des connexions, ainsi que la transversalité des différents processus en cours. En d'autres termes, il s'agit de rendre visible la mondialisation en tant qu'expérience socialement construite.
Notre aire sociogéographique de référence n'est pas non plus seulement française et brésilienne. Nous cherchons à tenir compte d'un ensemble plus large de recherches, développées par les différentes équipes engagées dans le projet, en fonction de l'insertion internationale de chacune. Une hypothèse oriente néanmoins nos discussions : sous l'impact des nouvelles conditions de mobilité individuelle ou collective et de communication, qui caractérisent le moment actuel, la vie sociale apparaît structurée par une trame de relations qui se tisse à la marge de l'architecture institutionnelle existante. Cette trame redessine l'expérience humaine et ses frontières en-deçà et au-delà des temps et des espaces institutionnels, en les rendant plus fragiles, en s'y substituant souvent avec des degrés variables d'efficacité, et aussi en débouchant parfois sur des formes inédites de violence.